Côte d’Ivoire : Lahou, cité engloutie

Comme tout le littoral ouest-africain, les côtes ivoiriennes sont menacées par l’érosion. À 150 km d’Abidjan, une ville entière est en train de disparaître.

 

Par gros temps, lorsque les vagues gonflent et que les éléments se déchaînent, seul le haut des croix de certaines tombes dépasse encore des flots de l’océan. À Vieux-Lahou, même le cimetière est désormais menacé. Avant lui, les splendeurs de cette cité située à 150 km à l’ouest d’Abidjan ont vu les eaux dangereusement monter, se rapprocher, avant d’être une à une englouties.

Augustin Ledjou Yahou, le chef du village, montre la lagune du doigt : « Ici, il y avait l’hôpital, la préfecture, et puis de grandes et belles maisons. Là, il y avait le Campement : les Blancs venaient ici le week-end, ils aimaient cet hôtel. C’était l’un des plus beaux du pays ! Lahou était vraiment choco [“jolie”], tout le monde se pressait pour venir chez nous. Et maintenant ? Il n’y a plus rien. » De cette riche époque, il reste un mur, celui de l’ancienne prison. Mais pour combien de temps ? « Il n’y a plus que les vieux du village pour se rappeler ce passé », regrette Faustin, 20 ans, un filet de pêche à la main.

1,5 km à 400 m de largueur

Coincée à la croisée de l’océan Atlantique, du fleuve Bandama et de la lagune, Lahou bénéficiait d’un site exceptionnel qui a fait d’elle une cité prospère. Découverte au début du XXe siècle par les colons, cette bourgade vivant de la pêche et du commerce était devenue le premier port où les bateaux pouvaient accoster après celui de la capitale, Grand-Bassam, et l’un de leurs principaux comptoirs. Mais sa chance est devenue son cauchemar.

Aujourd’hui, Vieux-Lahou est menacée d’être à tout jamais engloutie. Alors qu’on le ralliait il y a encore une dizaine d’années par le bac, il n’est désormais accessible qu’en pirogue : le quai s’est à son tour fait avaler. La bande de sable sur laquelle la cité est installée ne cesse de se réduire.

L’ÉROSION CÔTIÈRE RONGE DRAMATIQUEMENT TOUT LE LITTORAL OUEST-AFRICAIN

Il y a un demi-siècle, elle faisait quelque 6 km de largeur, disent les anciens. Il y a vingt ans, elle s’est réduite à moins de 3 km. Et, désormais, elle s’étale, au mieux, sur 1,5 km de largeur et, au pire, sur moins de 400 m.

Grand-Lahou

C’est une conséquence directe du changement climatique : aujourd’hui, l’érosion côtière ronge dramatiquement tout le littoral ouest-africain. Et elle est ici particulièrement spectaculaire, amplifiée par la présence, à 250 km au nord, d’un barrage hydroélectrique construit au début des années 1970 qui a privé le fleuve Bandama d’une partie de sa puissance et de sa capacité à résister à l’océan.

Le phénomène est d’une telle ampleur qu’en 1973 les autorités ont trouvé pour seule solution de relocaliser la ville. C’est ainsi que Grand-Lahou est née, à 18 km de là, de l’autre côté de la lagune, sur une terre plus ferme. L’administration s’y est installée, et les habitants ont été fortement incités à la suivre. Des maisons à bas coût et des lopins de terre ont été proposés à la population. Aujourd’hui, près de 100 000 personnes y vivent, dont les premiers déplacés climatiques du pays.

À VIEUX-LAHOU, ON NE CONSTRUIT PLUS EN DUR DEPUIS DES ANNÉES. LES MAISONS SONT FAITES DE BAMBOUS ET DE FEUILLES DE COCOTIER. C’EST BIEN PLUS SIMPLE POUR LES DÉPLACER, LORSQUE LES EAUX SE RAPPROCHENT TROP

Régulièrement, ils sont rejoints par de nouveaux résignés qui, à leur tour, finissent par quitter la vieille ville. Récemment, c’est le prêtre qui a déserté, las. Une nouvelle nuit difficile, durant laquelle les eaux ont inondé son église rouge et blanche, a eu raison de sa détermination. Vieux-Lahou est décidément bien seule face à son destin. Mais quelques milliers de résistants refusent toujours de partir. « Ici, on ne quitte pas sa terre. C’est Dieu qui nous a installés là ! » explique Augustin, l’un des vieux du village. Comme tous ici, il a bien été obligé de s’adapter.

À Vieux-Lahou, on ne construit plus en dur depuis des années. Les maisons sont faites de bambous et de feuilles de cocotier. C’est bien plus simple pour les déplacer, lorsque les eaux se rapprochent trop. « Ce sont des maisons en pièces détachées, et nous sommes des déménageurs expérimentés ! » rit Faustin, le pêcheur.

Source : https://www.jeuneafrique.com/mag/685476/societe/cote-divoire-lahou-cite-engloutie/

 

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